Construction, rénovation, dépannages, décoration quels sont les travaux pourraient être exécutés à la fin du confinement?

Le bras de fer dure depuis près d’une semaine, mais une sortie de crise semble se dessiner. Depuis la mise en place du confinement pour faire face à la propagation du virus covid-19, le secteur du bâtiment est à l’arrêt. Entre 80% et 90% des chantiers ont été gelés, selon les estimations de la Fédération française du bâtiment (FFB). Les représentants des professionnels appellent tour à tour à cesser temporairement les activités, à l’exception des interventions urgentes, le temps de s’organiser. Mais le gouvernement ne l’entend pas de cette oreille. La situation s’est d’ailleurs tendue la semaine dernière, lorsque la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, a dénoncé le “défaitisme” et le “manque de civisme” des professionnels du bâtiment, les appelant à poursuivre le travail et brandissant la menace de suspendre le bénéfice du chômage partiel pour les entreprise qui fermeraient boutique.

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“Une attitude totalement irresponsable”, a réagi Jacques Chanut, le président de la FFB, qui publiait une lettre ouverte à la ministre le lendemain de ses déclarations. “Nous ne voulons pas que nos entreprises aient simplement le choix entre le travail à tout prix et la faillite”, témoigne-t-il encore cette semaine à Capital. Le gouvernement est depuis revenu sur ses menaces et le ministre de l’Économie, Bruno le Maire, a assuré que les entreprises du bâtiment bénéficieraient elles aussi du soutien de l’Etat, et notamment au chômage partiel. Mais, dans le même temps, les premiers cas d’artisans hospitalisés suite à une infection au virus tombent. “Un collègue vient de m’appeler, il n’avait pas respecté les consignes de sécurité et un de ses artisans est à l’hôpital, intubé”, nous rapporte un patron d’entreprise. Sur les chantiers, les règles de distanciation sont parfois difficiles à respecter. Et les équipements de protection – masques, gants, etc. – manquent cruellement, pour garantir la sécurité des ouvriers. D’où la nécessité d’établir des règles claires et de définir les chantiers qui peuvent être maintenus et ceux qui doivent être interrompus.

Élaboration d’un guide sanitaire

Après une semaine de négociations entre les différentes fédérations patronales, les organisations syndicales et le gouvernement, des solutions émergent pour débloquer la situation. Un guide sanitaire, élaboré sous l’égide de l’Organisme professionnel de prévention du BTP et actuellement en phase de validation par les ministères du Travail et de la Santé, devrait voir le jour dans les prochaines heures. “Le document contient un ensemble de recommandations pour travailler en toute sécurité, explique Bruno Bothua, le délégué général CGT de la fédération nationale des salariés de la construction, du bois et de l’ameublement. Une sorte de protocole, qui établit un process de protection pour chaque tâche à exécuter.” Respect d’une distance d’un mètre entre les salariés, port obligatoire de gants, de masques ou de protège bottes… Si toutes les conditions fixées par le protocole ne sont pas remplies, la tâche ne pourra être réalisée.

S’il concède que ce document ne permettra pas d’apporter une solution durable, notamment du fait de la pénurie d’équipements de protection, Patrick Liebus, le président de la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb), espère tout de même responsabiliser les acteurs de la filière. “Le plus important, c’est que les entreprises aient le matériel de protection nécessaire au maintien de leur activité, défend-il. Ensuite, ce seront à elles de décider si elle envoient ou non leurs salariés sur le chantier. Nous n’empêcherons personne de travailler, mais nous appelons à la responsabilité de chacun.” Le patron de la Capeb prêche toutefois pour que ce guide sanitaire soit rendu opposable. Un employeur qui n’aurait pas mis toutes les recommandations en oeuvre pour protéger ses salariés pourrait dès lors voir sa responsabilité engagée, en cas de problème.

Les chantier qui pourraient reprendre

Dans ces conditions, quels chantiers pourraient reprendre à court terme ? La question des dépannage d’urgence avait été tranchée dès le début du confinement par les acteurs du secteur. “Si vous êtes confrontés à une fuite d’eau, une coupure d’énergie ou une panne d’ascenseur, il s’agit bien évidemment d’urgences pour lesquelles les dépannages seront assurés”, réitère Jacque Chanut. Les représentants de la profession évoquent également le maintien de tous les travaux d’entretien et de maintenance des centrales thermiques et nucléaires, indispensables au bon fonctionnement du pays, ainsi que les interventions d’urgence dans les hôpitaux. Idem pour les opérations de traitement des eaux ou de gestion des déchets. “Il faut plus globalement permettre d’assurer les travaux d’urgence dans le secteur industriel, pour garantir une bonne reprise de l’activité, en temps voulu”, ajoute Bruno Bothua, de la CGT. Pour les entreprises comme les particuliers, le syndicat préconise d’ailleurs que soient développés des numéros verts pour chaque territoire, de façon à recenser les besoins urgents. “Ce standard pourrait alors organiser la mobilisation des entreprises qui sont en capacité d’intervenir dans le respect des règles sanitaires”, plaide son délégué général.

Quid des autres travaux ? La construction et la rénovation ne devraient, pour leur part, redémarrer que dans un second temps. Les particuliers devront notamment prendre leur mal en patience, car les chantiers de construction ou de rénovation de maisons et d’immeubles d’habitation ne reprendront vraisemblablement pas de si tôt… “Dans le cas des chantiers de travaux publics, comme par exemple les infrastructures de transport ou les travaux de voirie, les grands maîtres d’ouvrage au niveau national et les préfets au niveau local coordonneront et prioriseront les chantiers à poursuivre ou à relancer”, arbitrait en outre ce week-end le gouvernement, dans un communiqué. “La situation est inédite, accompagnons encore une semaine ou deux les entreprises par le chômage partiel, insiste le président de la FFB. Il sera temps, ensuite, de reprendre progressivement les activités, dans de bonnes conditions.” Pour l’heure, les professionnels s’organisent.

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